Stéphane Salord
Interview · Aix-en-Provence et Pays d’Aix Président de France Active PACA Coprésident d’Arc Fleuve Vivant
Installé à Aix-en-Provence depuis 1988, après y être arrivé pour poursuivre ses études à Sciences Po Aix, Stéphane Salord a fait de ce qui devait être une étape universitaire un véritable choix de vie.
Président de France Active PACA et coprésident d’Arc Fleuve Vivant, il inscrit aujourd’hui ses engagements professionnels, associatifs et citoyens dans l’économie sociale, la culture, le patrimoine, la participation citoyenne et la protection du territoire, notamment autour de l’eau et de l’adaptation au changement climatique.
Très attaché à la Sainte-Victoire, au village des Milles et à la place de l’Archevêché, il porte sur Aix un regard à la fois affectueux et exigeant, attentif à ses paysages, à ses quartiers, à ses villages et à celles et ceux qui les font vivre.
Dans cet entretien, il évoque la chaleur en ville, la préservation de l’eau et des terres, le logement, la diversité aixoise et la nécessité de conserver un territoire habitable, solidaire et fidèle à son identité.
L’interview
Quel est votre lien avec Aix-en-Provence ou le Pays d’Aix ?
Stéphane Salord : « Je vis à Aix-en-Provence depuis 1988. J’y suis arrivé pour poursuivre mes études à Sciences Po Aix, après avoir grandi à Marseille, où je suis né. Ce qui devait être, au départ, une étape universitaire est rapidement devenu un choix de vie.
Au fil des années, j’ai trouvé dans Aix et dans le Pays d’Aix un territoire à la fois exigeant, vivant et profondément attachant : une histoire très présente, une identité provençale forte, une richesse culturelle exceptionnelle, mais aussi des paysages fragiles et précieux — de la montagne Sainte-Victoire aux rivières, aux forêts et aux espaces agricoles qui l’entourent.
C’est ici que se sont construits mes engagements professionnels, associatifs et citoyens. J’y ai développé de nombreux projets liés à l’économie sociale, à la culture, au patrimoine, à la participation citoyenne et aux enjeux environnementaux, notamment autour de l’eau et de l’adaptation au changement climatique.
Habiter ici depuis près de quatre décennies, c’est donc bien davantage que résider dans une ville : c’est participer, à mon échelle, à la vie et à l’avenir d’un territoire auquel je suis profondément attaché. »
En quelques mots, comment décririez-vous l’ambiance d’ici à quelqu’un qui ne connaît pas encore le territoire ?
Stéphane Salord : « C’est un territoire de contrastes et de caractère. Aix-en-Provence et le Pays d’Aix conjuguent une douceur de vivre très provençale, une grande vitalité économique, culturelle et universitaire, et une relation immédiate à tout le Pays d’Aix.
Mais derrière cette image forte, c’est aussi un territoire vivant, exigeant et en mouvement, où se croisent des habitants très attachés à leur histoire, des étudiants, des artistes, des entrepreneurs, des chercheurs et de nombreux acteurs associatifs.
On y ressent à la fois le poids de l’histoire et une vraie capacité à inventer l’avenir — à condition de préserver ce qui fait sa beauté et son équilibre. »
Quand vous pensez à Aix, quelle première image vous vient en tête ?
Stéphane Salord : « La première image qui me vient est celle de la montagne Sainte-Victoire, qui veille sur Aix et accompagne presque tous les horizons de la ville.
Elle est à la fois un repère géographique, un paysage intime et un symbole culturel, magnifié notamment par Cézanne. Je l’ai vue mourir lors de l’incendie de 1989, puis renaître. »
Y a-t-il un lieu public que vous aimez particulièrement ici ? Pourquoi ?
Stéphane Salord : « Je dirais Les Milles, mon village au sud d’Aix-en-Provence. J’y suis particulièrement attaché parce qu’on y retrouve une échelle humaine, une vraie vie de proximité et un sentiment d’appartenance qui devient rare dans les grandes villes. La ville à la campagne, en quelque sorte.
J’aime son identité propre, son histoire, ses commerces, ses rencontres quotidiennes et son environnement encore très marqué par le rythme agricole. C’est un lieu où l’on peut à la fois vivre la tranquillité d’un village et rester pleinement relié à la vitalité aixoise.
Pour moi, Les Milles incarnent cette alliance précieuse entre convivialité, mémoire locale et qualité de vie.
Le village souffre cependant : des traditions disparaissent, la circulation s’accroît et pénalise les habitants, et des commerces ferment. »
Quel est votre moment préféré dans la ville ou dans le Pays d’Aix ?
Stéphane Salord : « Mon moment préféré est celui des fêtes de fin d’année. Aix prend alors une atmosphère particulière : les lumières, les vitrines animées, les marchés, les crèches et les traditions provençales apportent à la ville une chaleur très singulière.
J’aime ce temps où l’on ralentit un peu, où l’on retrouve les proches, où les rues et les places deviennent des lieux de promenade et de rencontre.
Malgré l’hiver, il y a dans cette période une lumière, une convivialité et une forme de douceur qui révèlent particulièrement bien l’âme du territoire.
En dehors du centre-ville, hélas, cette animation n’est pas présente du tout. »
Avez-vous une petite habitude locale que vous aimez garder ?
Stéphane Salord : « Oui : j’aime revenir place de l’Archevêché. C’est une habitude simple, mais très personnelle, car ce lieu me ramène immédiatement à mes années d’études à Aix.
J’y retrouve une part de l’atmosphère qui m’a accueilli lorsque je suis arrivé en 1988 : les pierres anciennes, le calme relatif de la place, la proximité de la cathédrale Saint-Sauveur et cette impression que l’histoire de la ville reste très présente dans le quotidien.
Chaque passage y réveille des souvenirs, tout en me rappelant le chemin parcouru depuis mes années à Sciences Po Aix. »
Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui découvre Aix ou le Pays d’Aix pour la première fois ?
Stéphane Salord : « Je conseillerais de prendre le temps, plutôt que de vouloir tout voir trop vite. Aix se découvre à pied, au fil de ses rues, de ses places, de ses fontaines et de ses traces d’histoire ; puis il faut sortir de la ville pour comprendre ce qui fait l’âme du Pays d’Aix.
Je commencerais par une promenade dans le centre ancien, autour de la place de l’Archevêché et de la cathédrale Saint-Sauveur, avant de rejoindre les paysages qui entourent la ville : la route du Tholonet, les villages, les bastides, les forêts et, bien sûr, la montagne Sainte-Victoire.
Elle est le grand repère du territoire, à la fois paysage, lieu de marche et source d’inspiration artistique.
Surtout, je dirais à un visiteur de ne pas se contenter des images de carte postale : s’asseoir à une terrasse, flâner sur un marché, parler avec les habitants, goûter les produits locaux et observer la vie des gens. C’est ainsi que l’on perçoit vraiment l’équilibre singulier entre patrimoine, culture, nature et art de vivre provençal.
Mais Aix est devenue très, voire trop, touristique. La foule s’y presse sans s’y arrêter. Nous, les Aixois, nous les regardons passer… »
Qu’est-ce que vous aimeriez voir évoluer ?
Stéphane Salord : « J’aimerais voir le territoire accélérer encore sa lutte contre la chaleur, qui devient un enjeu majeur de qualité de vie, de santé et de solidarité.
Dans une région méditerranéenne comme la nôtre, il faut mieux préparer les villes, les villages et les quartiers aux épisodes de fortes chaleurs, notamment pour les enfants, les personnes âgées et les habitants les plus fragiles.
Cela passe par davantage d’arbres et d’ombre dans l’espace public, par la désimperméabilisation des sols, la préservation de l’eau, la végétalisation des cours d’école et des bâtiments, ainsi que par des lieux frais et accessibles à tous lors des périodes caniculaires.
L’enjeu n’est pas seulement de “verdir” la ville : il s’agit de la rendre plus habitable, plus résiliente et plus juste.
Aix est trop minérale. Ce cachet propre à son histoire est désormais un piège terrible qui écrase la vie locale, désertifie l’espace public et condamne les Aixois à vivre dans des îlots de chaleur. Il est temps de réagir. »
Y a-t-il une idée reçue sur Aix ou le Pays d’Aix que vous aimeriez nuancer ?
Stéphane Salord : « Oui : l’idée qu’Aix ne serait qu’une ville riche, bourgeoise et réservée à quelques privilégiés. Cette image existe, et elle correspond sans doute à une partie de son histoire, de son patrimoine et de certains de ses quartiers ; mais elle ne dit pas tout de la ville.
Aix est aussi une ville populaire, étudiante, associative et profondément diverse. Elle est faite de villages et de quartiers aux identités très différentes — Les Milles, Encagnane, Jas-de-Bouffan, Luynes, Puyricard ou encore le centre ancien — où vivent, travaillent et s’engagent des habitants venus d’horizons variés.
C’est cette diversité sociale, humaine et territoriale qui fait la richesse réelle d’Aix, bien au-delà de son image parfois trop lisse. »
Selon vous, qu’est-ce qu’il faudrait absolument préserver ici ?
Stéphane Salord : « Ce qu’il faudrait absolument préserver, c’est l’équilibre entre la ville et ses villages, entre le patrimoine et la vie quotidienne, entre le développement économique et les paysages qui font l’identité du Pays d’Aix : les terres agricoles, les forêts, l’eau, les collines et les continuités écologiques.
Mais il faut le dire lucidement : cet équilibre est aujourd’hui largement fragilisé, voire déjà rompu par endroits. L’étalement urbain, l’artificialisation des sols, la pression sur la ressource en eau, les mobilités contraintes et le changement climatique pèsent fortement sur le territoire.
Préserver ne peut donc pas signifier figer le territoire ; cela doit vouloir dire choisir un développement plus sobre, réparer ce qui peut l’être, redonner de la place au vivant et ne plus sacrifier les équilibres collectifs à des intérêts de court terme.
C’est à cette condition qu’Aix et le Pays d’Aix resteront habitables, désirables et fidèles à ce qui fait leur singularité. »
Pour finir : Aix ou le Pays d’Aix en une phrase, ce serait quoi ?
Stéphane Salord : « Aix et le Pays d’Aix, c’est un territoire en devenir, confronté à d’énormes mutations écologiques, sociales et urbaines, qui doit désormais se retrousser les manches pour inventer un avenir plus équilibré, plus solidaire et plus vivable.
Les acquis n’ont plus de valeur définitive comme on le pensait. Il va falloir s’engager pour qu’Aix conserve un rôle fort et un mode de vie singulier et partagé. »
Carte blanche : souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Stéphane Salord : « Je voudrais ajouter une inquiétude, mais aussi un appel à la mobilisation : trop de personnes que je connais quittent aujourd’hui Aix, souvent parce qu’elles n’y trouvent plus un logement accessible, parce que le coût de la vie y devient trop élevé, ou parce qu’elles ont le sentiment que leur place se réduit dans une ville qu’elles aiment pourtant profondément.
C’est un signal d’alerte. Une ville ne peut pas se résumer à son patrimoine, à son attractivité ou à son image : elle doit rester une ville où l’on peut vivre, travailler, se loger, élever ses enfants, vieillir et s’engager, quels que soient ses revenus ou son parcours.
L’enjeu est donc de préserver ce qui fait la force d’Aix : sa diversité humaine, ses solidarités de proximité, ses quartiers et ses villages vivants.
Il nous faut construire une ville accueillante, abordable et fidèle à tous ceux qui la font vivre au quotidien — afin que ceux qui y ont grandi, étudié ou travaillé puissent encore choisir d’y rester. C’est hélas de moins en moins le cas. »
Portrait Aix.fr · Dernière mise à jour : 04/09/2026